dimanche 11 mars 2018

Exercice de style, à la Raymond Queneau

Prenez un événement simple : un homme descend d’un bus, trébuche, regarde autour de lui avec embarras, et découvre qu’une fille sourit.


Scène vue par un banlieusard jeune
Oh le naze ! Sait même pas descendre deux marches, il s’étale sur le trottoir ! Et nous derrière, on attend qu’il se ramasse. C’est ça, prends ton temps, regardes autour de toi, personne t’aidera, t’es à Sarcelle vieux, oublies pas !
Qu’est-ce qu’elle fout la meuf dehors ? Elle rigole, va vers lui, lui prend la main, l’aide à se relever, jamais vu ça ici !!!!


Scène vue par la victime, prend le taxi en général
Ce bus n’avance pas j’aurais du prendre un taxi. Charles va m’attendre, ah je le vois là-bas devant chez Vuitton, le bus s’arrête, je bouscule les lents, c’est insupportable ces transports en commun pour des gens qui n’ont rien en commun, quelle peste le peuple ! Je me dégage, j’accélère le pas, je rate la seule marche et m’effondre lamentablement sur le trottoir des Champs Elysées…
Je me sens ridicule, Charles m’a vu et s’éloigne ne voulant pas partager ma honte. Dans les personnes agglutinées et fâchées de perdre leur temps à cause de moi, j’entends un éclat de rire cristallin, une fille au doux regard s’approche et me tend la main.
Patricia


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Scène tragique

Le 89 était en retard, bien sûr. Quand je suis arrivé, sous la pluie toujours, il était bondé, rempli de voyageurs bruyants et antipathiques.
Je me suis dit que j'allais descendre à l'arrêt suivant. A huit kilomètres encore de chez moi, mais...bon. J'ai appuyé sur le bouton, rien. Bien ma veine ! J'ai insisté, insisté...et, pour finir, comme d'autres voyageurs voulaient monter, le bus a pilé et le machiniste a ouvert la porte. Je me suis faufilé, jouant des coudes, me faisant copieusement engueulé au passage. En prenant pied sur le trottoir glissant, je me suis ramassé proprement.
Grosse douleur au genou et mon pantalon déchiré.
Un pantalon à cent-cinquante euros, la joie !
Et, en relevant la tête, j'ai aperçu une fille que ça faisait sourire. Et même rire !
Je m'approchai pour lui  faire une remarque, quand je me suis payé un réverbère que je n'avais pas vu.
Point final !

Fantasio


Ecrire un texte avec trois titres de chapitre imposés!



Ecrire un texte à partir de trois titres de chapitres de "L'homme-sœur" de Patrick Lapeyre avec une phrase de début (les poissons volants), une phrase au milieu (à 11h30 du soiret une phrase de fin (une héroïne de Robert Bresson).
Temps d'écriture : 15 minutes 
Les poissons volants s’échauffent toujours en s’ébrouant dans l’eau du jacuzzi. Depuis la disparition des pigeons voyageurs et des postiers, l’Etat a pris la sage décision de les utiliser pour toutes les missives urgentes. Non polluants, autonomie de 10h de vol, idéal pour l’armée qui a créé un élevage à Marseille.
La mafia a bien essayé de reprendre le marché et de revendre les plus beaux spécimens à l’Arabie Saoudite, mais la sécheresse est arrivée à son summum dans cette partie du monde, la moindre goutte d’eau vaut plus que le pétrole, et le poisson n’aime pas mariner dans le pétrole !
Le départ du courrier est prévu à 11h30 du soir, la micro-puce insérée sous les écailles du poisson Isidore est à l’abri dans la fraîcheur de la nuit.
Le lendemain matin, après 9 heures de vol, Isidore se jette dans la piscine au sel de l’Excelsior de Cadix ; il est éreinté, pourtant ses yeux globuleux voient arriver sur lui le Capitaine Dolorès. Brune, athlétique, cheveux négligemment peignés caressant ses épaules bronzées, le regard noir telle une héroïne de Robert Bresson.
Patricia


Les poissons volants sont rares à Arcachon Dans la mer qui s'étalait en bas, aucun requin non plus. Le calme plat. Béatrice commençait à maudire cette location en Airbnb. Et Francis. Francis qui n'était pas rentré, très occupé, sans doute, à refaire le monde avec le garçon de plage ou un maître-nageur attardé. L'alcool aidant... qui sait dans quel état il rentrerait ? Francis, la trentaine, était un brun un brin dégarni qu'elle avait côtoyé longtemps  avant de se décider à aller plus loin.
Les heures défilaient.
Rien à la télé, rien sur la plage, rien dans le ciel, rien dans sa tête à elle.
Et la déco de la chambre qui était vraiment atroce. Béa ne pouvait pas s'empêcher de se sentir piégée. Elle se rencogna sur la canapé, fermant les yeux.
On pense toujours, dans ces cas-là, que le bonheur existe, ailleurs et qu'il est pour d'autres, jamais pour soi.
Il était dix heures. Elle s'était dit, dans un premier temps, qu'elle laissait une chance à Francis, s'il rentrait avant onze heures et demi du soir.
Et puis, non ! Changeant d'avis, elle fit sa valise. Vite, vite, elle passa un imper et ouvrit silencieusement la porte palière. Elle descendit l'escalier, furtive, se demandant ce qu'elle dirait à Francis si elle le croisait.
Elle resta un instant dans l'entrée, oppressée, se répétant qu'elle allait partir au hasard, essayer de réussir sa vie amoureuse, s'il n'était pas trop tard.
Elle se sentait vraiment comme une héroïne de Robert Bresson.

Fantasio