mardi 5 mai 2020

La photo surprise

Chacun des écrivants envoie la photo d'un objet à l'un des écrivants et ce dernier écrit un texte en lien avec cet objet!
Contraintes : 100 mots maximum (sans les articles) et dans un style épuré.


Patricia à Alain 

Bêtises de jeunesse


Elle trônait sur le meuble du salon. Dessus était écrit, noir sur fond crème, Boîte à bêtises. 
L'enfant aimait jouer avec, en faire en rêve un coffre aux trésors, qui pouvait s'agrandir aux limites de l'univers. Ou un vaisseau spatial, à bord duquel il se promenait entre les galaxies, quand tout le monde était couché. 

Cette boîte, disait Grand-mère d'un ton mi-sévère mi-rieur, sert à ranger tes bêtises, à toi... Les grosses au fond, empilées l'une sur l'autre, et les plus petites au-dessus, comme ça, en vrac...Tu vois, n'en fais pas trop : la boîte n'est pas très grande !

Alain


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Alain à Isabelle

La transparence du verre bleuté traversée par l’épée du soleil est fascinante. La lame du rayon vient réchauffer les bulles de gaz qui rient et sautillent comme des petites filles dans la cour d’école. La lumière inonde l’eau de Seltz. Les reflets deviennent une mer tropicale sous les vagues de verre …je ferme les yeux et des petits poissons aux couleurs insensées dansent sous mes paupières. L’instant est marin…Mais le siphon reste d’acier sous la pulpe de mes doigts. Froid et orgueilleux comme un pic rocheux inaccessible. Ses deux courbes arrogantes semblent faire un pied de nez au regard ! Tant pis pour lui, je l’abandonne à son insolence pour retrouver les doux reflets du camaïeu de l’eau …

Ziza


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Gérard à Patricia

Le sable, le feu et l’homme

Le verre naît de la silice, de la chaux et du fondant, qu’il soit de Bohème ou d’Alsace.

Le Maître Verrier chauffe la canne et
Cueille le verre en fusion,
Miel brûlant, malléable à l’envie.
De son souffle régulier, la matière se creuse, se dilate
Pour qu’éclose la paraison.
De sa main, il la façonne, la cisaille en diamant
De ses rotations, il l’étire, la distend
De sa virtuosité et de sa générosité l’œuvre se révèle enfin, magnifique.
Le Maître Verrier sourit, heureux.


Patricia
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Isabelle à Gérard

PLUCHE, PLUCHES


L'éplucheur était ravi, on l'avait préféré au couteau :

celui-ci, gros maladroit, laissait des épluchures de deux centimètres, 

la honte ! Donc économe, l'économe

faisait son travail, saisissant pour les ôter entre ses deux lames

astucieusement placées ... la peau brunâtre et terreuse

de la pomme de terre qui n'en pouvait mais. Plus tard

la friteuse interviendrait et l'économe goûterait

dans son tiroir, un repos bien mérité ! 


Gérard


    



mercredi 29 avril 2020

Le trio

Ecrire un texte sur le thème du trio (avec une contrainte : pas de trio amoureux)


UN TRIO GOURMAND : Crème, fraise, petite cuillère


Dans l’assiette, la crème s’étend sur toute sa rotondité, 
elle a été fouettée, pour plus d’onctuosité.
Doucement les fraises sont déposées sur la crème immaculée, 
le contraste des couleurs, 
du blanc parfait et mousseux au rouge cramoisi et gourmand,  
et la fragrance enivrante du fruit excitent les papilles.
La petite cuillère prolonge les doigts de la gourmande, 
se réchauffe à leur contact,
En une savante rotation elle est conduite sur la chair tendre de la fraise
et s’apprête à la fendre… 
Non... pas tout de suite. 
Menée par les doigts habiles, 
la ronde cuillère gobe une dose de cette crème légère, 
enrobe délicatement la fraise, l’habille de lactescence. 
Quelques akènes apparaissent encore, laissant deviner le fruit désiré. 
D’un mouvement adroit, elle s’engage sous la chair, 
la porte aux lèvres ouvertes qui l’emprisonnent, 
se laisse glisser sur la langue,
puis, quitte ce doux fourreau 


pour donner libre cours à la mastication de la gastronome.

Patricia

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Chaque fois c'est pareil


A chaque fois c'était la même chose. A chaque fin de partie, il savait comment cela se terminerait. Au point qu'il priait le  ciel pour ne pas tomber sur eux, non ceux-là particulièrement, mais des gens de leur « rang », du même acabit, quoi ! 
Déjà, ils se moquaient de son prénom, de son allure... Et en outre, il savait qu'avec eux il n'avait aucune chance de l'emporter...
Mais enfin, qu'est-ce qu'ils avaient, avec son prénom ?  Lancelot, ce n'était quand même pas rien - pas Marcel ou Jean-Paul... ou Eudes, comme ce copain d'une autre couleur, c'est-à-dire d'une autre équipe, un grand flandrin mélancolique mais plutôt sympa... Quant à eux, les autres, là, ils s'appelaient Alexandre, et elle Judith - Bon, un roi, d'accord, mais vêtu de la même couleur noire que lui Lancelot, et elle, toute drapée de rouge, c'est vrai qu'elle était sexy, vraiment royale aussi dans un autre genre... Mais on voyait bien que c'était une sournoise, d'ailleurs la rumeur ne prétendait-elle pas qu'elle avait tué un de ses amants ? Elle avait été acquittée, mais par provocation elle lançait de temps à autre en guise de cri de guerre : « Qu'on leur coupe la tête ! - Qu'on leur coupe la tête ! » 
En tout cas, ça ne faisait pas un pli : chaque fois qu'ils sortaient ensemble, rien que pour une partie, c'est lui perdait. Soit qu'Alexandre lui rive son clou, en lui jetant, méprisant : « Tu n'es qu'un valet... ! », soit que Judith se mette à hurler : « Je coupe à cœur ! - Je coupe à cœur... car tel est mon plaisir ! » - Elle, la jolie reine, l'implacable Belle Dame sans merci... 

Alain


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             COMME ON SE RETROUVE 

On s'était dit ... on s'était dit et puis le temps a passé.
On a eu vingt ans ensemble et on s'est promis, comme dans la chanson, de se retrouver dix ans après, Joseph (dit le grand Jo) Maurice (dit Momo) et moi (dit rien du tout).
Joseph, cheveux frisés et moustache conquérante, se posait en chef. Maurice était l'éternel second, le souffre-douleur. J'étais l'électron libre, celui qui n'avait pas fait sciences-Po comme eux deux, mais un master de droit. N'importe quoi.
A trente ans, le rendez-vous eut bien lieu. Maurice avait perdu pas mal de cheveux et fondé une famille. Joseph cavalait toujours. Je restais discret sur ma vie privée et me bornais à écouter au "Grand Cerf", le restaurant chic de la ville, mes deux copains égrener leurs voyages, leurs mutations, leurs vie en pointillés.
- C'est pas tout çà, lança Jo à la fin du repas, mais j'espère, les gars, qu'on se retrouvera à quarante !  Et de lever son verre avec détermination.
Quarante ans. Nous y sommes. Je suis arrivé le premier devant la porte du "Grand Cerf". Je la pousse. D'un coup d'oeil, j'aperçois Maurice au fond. En dépit de nos engagements, une femme l'accompagne, la sienne, sans doute. Jo arrive un peu plus tard, seul, mais avec, plein la bouche,  ces U.S.A  où, dit-il, il a trouvé une place en or dans la spéculation boursière. La femme de Momo boit l'apéritif avec nous, puis elle nous laisse "entre hommes" comme elle dit.  Sa silhouette de petite souris blonde disparaît vers l'autre extrémité du restaurant et Joseph écarte les bras : Alors ! Clame-t-il, quoi de neuf ?
Assistant à la fac' voisine, je viens de perdre mon boulot. Je biaise pour ne pas le leur avouer. Maurice s'étale sur sa vie familiale ... pour un peu il nous sortirait des photos de ses gosses. Je les regarde longuement tous les deux, mes anciens condisciples : Maurice a la bouche qui se fripe et Joseph tremble en avalant son énième verre de vin.
Je me dis que le tournant des cinquante, ce sera sans moi.
Définitivement. 


Gérard

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Le trio blanc marron jaune

C’est une fratrie
Un trio de sœurs poubelles
L’une marron, l’aînée (longtemps fille unique)
L’autre blanche (la plus bruyante)
Et enfin la petite dernière la jaune (arrivée sur le tard)
Un trio de sœurettes
Avec ses mesquineries et ses perversités
Ses lâchetés et ses amertumes
Ses chamailleries et ses disputes
Ses jalousies et ses retrouvailles.

Elles croupissaient au fond d’un local à poubelles
Constamment sale et délabré
Et qui empestait souvent les ordures
Elles avaient rêvé d’un autre destin
Plus glorieux, plus flamboyant, plus noble
Mais la destinée en avait voulu ainsi
Croupir en attendant les détritus qu’on leur jetterait dessus
Et des mains robustes viendraient inlassablement
Les prendre parfois avec brutalité
Pour les déposer sans ménagement sur un bout de trottoir
Qu’il pleuve ou qu’il vente
Elles devaient attendre dehors
Qu’on vienne les vider de leur contenu souvent repoussant
Et attendre encore qu'on les rentre.

Les frangines avaient bien essayé de se rebeller
D’échapper à leur triste sort
En espérant une autre destinée
Mais en vain
Elles ont fini par se résigner...

Et les choses ont changé tout doucement
Elles ont fini par comprendre, et même par accepter
D’être condamnées à ces bas-fonds de la société
Ô combien utiles !
Elles ont réalisé que leur rôle était précieux
Dans ce monde qui va droit dans le mur
Elles jouent un rôle incontournable
Elles contribuent à la chaîne du tri sélectif
Indispensable dans notre société de (sur)consommation
Et participent ainsi activement
A la préservation des ressources naturelles.

Elles se sentent à présent fières de leur rôle 
En nous facilitant le tri de nos déchets
Consolées de leurs illusions perdues
Réconciliées avec leurs rêves évanouis
Elles ont enfin trouvé leur place
Elles sont enfin en paix avec elles-mêmes.

Ziza

jeudi 23 avril 2020

Bleu


La proposition est la suivante, en lien avec le départ de Christophe et inspirée de sa célèbre chanson "Les mots bleus" : 
Ecrire une histoire avec le plus de mots "bleu" possible (la couleur, le fromage, etc.).


Petit lexique non exhaustif du Bleu


Rêver dans l’infini du bleu du ciel
S’y perdre, contemplation bleue.
Bleus à l’âme
Oubliés dans la sagesse du bleu.
Sérénité et nuances de bleus.
En miroir le bleu du ciel 
rend la mer d’un bleu profond
Du bleu turquoise de la pierre,
au bleu minéral de la topaze
Du calme prodigué par les semi-précieuses
Aigue-marine, azurite, lapis-lazuli.
Icebergs d’un bleu éclatant, par manque d’air.
Kandinsky a suggéré « le bleu clair s’apparente à la flûte, 
le foncé au violon, s’il fonce encore a la sonorité somptueuse 
de la contrebasse ; dans ses tons les plus profonds,
les plus majestueux, le bleu est comparable 
aux sons graves d’un orgue.» 
Dans la nature, poésie des fleurs bleues
Bleuet, volubilis, iris, myosotis, pervenche, 
lin, agapanthe aux ombelles rondes bleues violet.
Oiseaux bleus du monde, autre merveille de la nature.
Mais aussi les «cols bleus», les ouvriers portant
le bleu de travail dans les usines
comme le «bleu de Chine» sous d’autres latitudes.
Bleu outremer, bleu de cobalt, bleu lavande, bleu de Prusse...

je vous aime.

Patricia

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                                                                  UN TUBE                                  


En aval de Paris, au-dessus des eaux bleu marron de la Seine, il y avait une maison. Pas bleue, la maison, plutôt jaunâtre, en meulières. Dedans, le déjeuner s'achevait. Au menu, truite au bleu et bleu de Bresse. Assis à table, le chanteur Tristophe se curait une dent en relisant un texte de chanson : "Les mots louches". Ça disait : Je te dirai les mots louches / Les mots qu'on lit avec la bouche ...
De ses yeux bleu pâle, Tristophe fixa celui qui lui faisait face, l'auteur. C'était un certain Jean-Michel Barre, fils d'un futur premier ministre. – Ça va pas, là, Jean-Mi. C'est nul, même ! Pourtant, t'es pas un bleu !
Jean-Mi, jean bleu et chemise couleur lavande, se contenta d'acquiescer. Tristophe (qui était de Marseille) en rajouta : C'est minableu ! Moi, mon cœur de cibleu ... c'est les minettes ! Il me faut un texte un peu plus fleur bleue, tu vois ! 
Jean-Mi, qui s'était fait un bleu la veille en se cognant contre le piano, se frotta le genou en opinant. 
Tristophe s'exclama : - Je ne te demande que douze ou quinze lignes ... mais fomidableu ! Après on encaisse et on va se la couler douce au bord de la grande bleue ! Allez, au boulot ! Je suis sûr que tu en es capableu !
Deux heures plus tard, alors que le musicien jouait ad libitum la même note sur son clavier (la note bleue ?) Jean-Mi reparut, le cheveu en bataille et des tics nerveux agitant son visage : - Voilà !
Et Tristophe lut : Je te dirai les mots mauves / les mots qu'on dit dans les alcôves ...
-  Non, s'énerva-t-il, les mots mauves ... ça fait momoves ! C'est pas possibleu !
Et de jeter, rageur, la feuille de papier roulé en boule à la tête de Jean-Mi.

On sait, bien sûr, qu'à peu près à la même époque Christophe composait "les mots bleus" avec des paroles de Jean-Michel Jarre, mais ceci est une autre histoire.

Gérard


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La vie en bleu


Schtroumpf morose se réveilla dans sa chambre aux murs myosotis. Il se frotta les yeux, ce faisant il sentit sur sa pommette l'ecchymose due à cette bagarre hier soir, avec les débutants de l'équipe, des gugusses en cotte de travail qui avaient ricané en entendant la radio annoncer la disparition d'un chanteur d'origine transalpine, pour qui vivre habituellement dans la nuit noire n'était pas une raison pour ne pas voir la vie en bleu. Notre cher Christophe.
                                                                                                                                                  Il passa sa main sur ses joues, et songea qu'il allait devoir se raser aujourd'hui, sous peine de ressembler bientôt à ce monstre féminicide et même tueur d'épouses qui exerçait au Moyen Age. 
Mais avant tout, le petit-déjeuner. Il rêva un petit peu en regardant la flamme couleur horizon qui sourdait du brûleur. Une fois l'eau bouillante, il la versa sur les feuilles de salsepareille qui constituaient l'ordinaire des gens de sa tribu. Bien que né-natif du Nord (plus précisément du nord-est, vers la ligne des Vosges, en fait), il ne raffolait pas du maroilles trempé dans la boisson du matin. Aussi fit-il comme d'habitude : il se prépara une tartine recouverte d'une couche épaisse de ce fromage peint aux couleurs de l'horizon car embaumé d'un champignon, la fourme d'Ambert, quoi !


Après avoir noué à son cou une écharpe couleur lavande, il sortit faire un tour. Au retour, repensant au défunt chanteur, dont une chanson lui avait longuement trotté dans la tête toute la matinée, il eut un coup de blues... et, soudain, une idée : Tiens, je vais lui envoyer des mots roses !


Alain

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Marguerite
Une belle nuit d’été en 1939. Fest-noz à l’occasion de la fête de la Saint-Jean sur le port illuminé de Paimpol.
Marguerite, jolie rousse très fleur bleue croise le regarde bleu azur d’Emile. Ils ne se connaissent pas. C’est le coup de foudre immédiat ! 
Une valse, puis deux, …la Java bleue aussi…la tête leur tourne mais ce n’est pas à cause du petit bleu.
La guerre approche à grands pas. Chacun le sait. Chacun le sent. Ces jeunes à peine sortis de l’adolescence le savent aussi. Ils pressentent que ce sera peut-être leur unique bal…
Alors ils s’éloignent et s’aiment de toute la fougue de leur jeunesse…seul le reflet bleu des vagues en est témoin.
Ils tomberont bleu l’un de l’autre et s’aimeront tout l’été 39…Marguerite, fille de paysans cultivant le coco paimpolais, sait que cet amour s’achèvera bientôt car Emile, fils de marins-pêcheurs de Ploubazlanec, reprendra la mer du Nord bientôt pour affronter les tempêtes afin de pêcher la morue, longue tradition bretonne de père en fils.
Et ses parents ont pour elle un autre avenir : épouser Louis, le fils des voisins, cultivateur de cocos lui aussi. Sa mère ne reviendra pas sur ce mariage car elle refuse de voir sa fille arpenter la Croix des Veuves, là d’où scrutent les femmes l’horizon pour apercevoir la voile des bateaux de leur homme parti en mer gris-bleu de longs mois.
La mère, Mathilde, a perdu son père puis ses frères, tous marins de père en fils. Elle ne veut pas que Marguerite connaisse la même douleur…alors elle épousera le fils du voisin. C’est entendu ainsi !
L’été touche à sa fin et la guerre éclate brusquement début septembre. Emile qui a tout juste 20 ans, est appelé à rejoindre la Marine nationale. Comme ce n’est qu’un bleu, il portera la vareuse et le pantalon à ponts, comme tous les matelots à bord. Ce n’est que lorsqu’il montera en grade qu’il arborera l’uniforme bleu des officiers de la Marine (« les cols bleus » comme on dit dans le jargon militaire). Avant de partir, il étreint une dernière fois sa délicate Marguerite sur le port. Une fois de trop. Louis n’est pas loin. Il guette. Il sait tout (il n’y a pas vu que du bleu !). Mais il jalouse cet homme pour l’amour que Marguerite lui porte. Malgré les circonstances (toutes les familles du coin sont là pour les au revoirs à leur fils, leur père, leur frère…), la colère de Louis éclate et il écrase son poing sur le visage du pauvre matelot. Ce dernier, à demi hébété par le coup, rejoint son bateau…il entraperçoit une dernière fois sa bien-aimée.
Son cœur se serre mais son œil lui fait mal : il réalise alors qu’un énorme bleu se forme sur sa peau burinée de pêcheur. Il ne peut s’empêcher de penser qu’il ne part pas en héros ! Mais il doit réajuster son bachi sur sa tête (le célèbre béret du marin en drap de  laine bleu foncé orné d'un pompon rouge) qui a été touché par de multiples mains selon la célèbre tradition du pompon porte-bonheur.

Quelques mois passent…Marguerite sait qu’elle ne recevra pas de nouvelles de son beau matelot. Elle accepte sans joie le mariage avec Louis qui sera célébré en novembre selon les traditions bretonnes. Marguerite portera une belle robe de mariée blanche et noire ornée de dentelle fine, mais elle aura des bleus à l’âme sous sa coiffe traditionnelle…elle sait qu’elle attend un enfant, le fruit de son amour avec Emile.
Quelques semaines plus tard, une jeune femme (la sœur d’Emile) viendra lui porter un petit bleu lui annonçant la disparation d’Emile lors d’un bombardement par les Allemands en mer du Nord. A cette annonce, Marguerite veut mourir pour rejoindre son amour …mais à cet instant précis, elle perçoit un petit coup de pied contre la paroi de son ventre rebondi. Emile est vivant à travers cet enfant …et il sera ainsi toujours là près elle !
Le lendemain, elle mettra au monde une petite fille aux grands yeux bleus, seuls témoins de cet amour impossible. Elle lui donnera le doux prénom d’Aimée…
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Marguerite reprend son souffle…ses yeux s’embrument…son arrière-petite-fille Louise (qui vient lui rendre visite chaque semaine dans son EPHAD « Les flots bleus » situé le long de la mer sur la commune de Paimpol, à quelques pas de sa maison natale) vient d’arriver. Elle occupe depuis deux ans une jolie petite chambre peinte en bleu lavande et elle trottine plusieurs fois par jour jusqu’à sa fenêtre pour voir le camaïeu de bleus des vagues qui viennent lécher le sable gris. La mer arbore des bleus différents selon la lumière du jour. Sans cette « vue sur mer », Marguerite aurait depuis longtemps abandonné la partie.
Louise adore Marguerite et un lien particulier mêlé de complicité et de tendresse les unit depuis toujours. Marguerite sent qu’elle va bientôt quitter ce monde. Il faut dire qu’elle a bientôt 88 ans, et ses forces l’ont abandonnée depuis longtemps. Elle a décidé de confier à Louise ce lourd secret de famille qu’elle ne veut pas emporter dans sa dernière demeure…Alors elle abandonne sans regret le cordon-bleu sans saveur qui traîne dans son assiette de porcelaine en bleu de Sèvres, et plante ses yeux dans le regard bleu azur de sa chère Louise …
Ziza