vendredi 15 mai 2020

Le téléphone sonne ...

Ajouter une légende


"Le téléphone sonne : qui espériez-vous entendre à l'autre bout du fil ? Qui est la dernière personne à qui vous aimeriez parler  ? La première qui vous vient à l'esprit ? C'est le genre de question que Roy aimait se poser."               

("Des bleus à l'amour" de Hanif KUREISHI)


TA VOIX ...


Le téléphone sonne…


C’est toi ? J’entends ta voix… douce ? Chaude ? Enjôleuse ? Je ne saurai la définir mais c’est celle qui me fait frémir. 

A son écoute des frissons s’immiscent le long de ma colonne, électrisent rapidement ma nuque et mon visage, glace et brûle mon corps, plus rien d’autre n’existe que ta voix.


Au creux de cette voix un corps se dessine, il devient caisse de résonance de mes émotions.


Ce corps je le souhaite, je l’attends, je veux le saisir, le sentir sous mes mains, le deviner sous ma bouche...


Le corps m’échappe, les paroles se suivent loin, loin de moi, se prolongent, ont-elles un sens ? Pas celui que je souhaite, c’est certain…


Je dois répondre « oui bien sûr » ; « je prends note » « nous en parlerons à la prochaine réunion » « pas trop difficile cette nouvelle vie en province ? » « Ah, ah, le bruit des tondeuses remplace celui des voitures ? »


Tu es parti, loin, trop loin… je t’imagine, tu me racontes le jardin, les odeurs des fleurs et de l’herbe coupée, tes enfants … Rien sur ta femme, bien sûr. 

Mais elle existe, tu es restée avec elle, mais c’est moi que tu aimes, bien sûr. 

On en parle plus, 

Tu prétextais «On s’est rencontré trop tard », 

Dommage …. 

Tu me concèdes «aux réunions mensuelles, On se verra, On pourra boire un verre ensemble … après»

«On ...

On ...»

Je voudrais répondre : On ne se serrera plus l’un contre l’autre ?

Dommage, je crois que l’On aimait…


Parles-moi encore. 

Dans ces moments d’échanges de mots simples, inutiles et … essentiels, tu existes POUR MOI SEULE, les senteurs, le soleil chaud, le ciel plus bleu là-bas, je le partage avec toi, nous sommes seuls enfin, racontes encore.


Patricia


_____________________________________________________________

Et si c'était elle ? 


Quand la sonnerie du téléphone troua le silence du début de soirée, Roy commença par regarder la pendulette posée sur le meuble de la télé. Qui cela pouvait-il bien être, à cette heure-ci ? 

La famille et les amis savaient, pertinemment, que c'était le moment où il dînait, et qu'il détestait qu'on le dérange dans cette circonstance qui, sans être sacrée pour lui, revêtait un intérêt qu'il ne dissimulait pas.                       Alors ? Quelque démarchage téléphonique ? Peu probable si tard, les solliciteurs qui d'emblée vous appellent par votre prénom dans l'espoir de vous mettre dans leur poche et qu'ainsi vous allez les écouter, le font plutôt en fin de matinée, avait-il remarqué. 

Donc, quelqu'un d'autre. Priscilla, si ça se trouvait... Il attendit. Après quelques bip, le téléphone se tut. Roy laissa passer quelques minutes, cinq pour être précis. Si c'était elle, elle allait rappeler : c'était un jeu entre eux, repris d'un film d'espionnage qu'ils avaient vu ensemble...

Mais bon, là, ils s'étaient violemment disputés, des propos définitifs avaient échappé à l'un comme à l'autre, et elle avait claqué la porte. Un appel de sa part était très improbable. 


Vingt-heures 37. La sonnerie se fit de nouveau entendre ! Roy bondit et décrocha. C'était elle. Cependant, contrairement à ce qu'il avait vaguement espéré, elle ne regrettait pas, ne téléphonait pas pour s'excuser ou proposer d'oublier l'incident de tout à l'heure. Ni pour écouter Roy tentant de faire les premiers pas vers la réconciliation. Non. D'une voix sèche et sans réplique, elle se bornait à confirmer qu'elle en avait marre, et a annoncé qu'elle passerait à l'appartement demain midi pour prendre ses affaires. S'il pouvait être absent à cette heure-là, cela serait mieux. 


Alain


_______________________________________________


Roy déboutonna son haut de pyjama et s'allongea mollement sur son lit. Après une légère hésitation, sa main

rejoignit son torse glabre et il se mit à le caresser distraitement en comptant les sonneries, évidemment

stridentes, du téléphone. Il aimait qu'on s'intéresse à lui et surtout se sentir aimé comme il s'aimait lui-même.

Et si c'était sa tante Nancy, cette fois, qui tentait de le joindre ? Nancy Himes était une vieille fille, mercière tout

là-bas, dans le coin dont il était originaire : il l'imaginait bien, écartant quelques boites de boutons posées sur

une table, calant l'appareil et se concentrant pour composer son numéro. Depuis trois ans qu'il avait quitté le village

pour rejoindre la capitale, Roy avait mené une vie pour le moins "agitée" : il avait eu des amantes ... plus quelques

amants, avait consommé pas mal de substances, dont la plupart étaient illicites, et s'il fricotait ces temps-ci avec

Emilio del Torres (69 ans), cela n'avait rien à voir avec le sexe ou les sentiments : Emilio l'entretenait simplement par

amour de l'art puisque Roy accumulait les scénar' et les projets, dans l'espoir de les voir aboutir un jour. 

Oui, c'était peut-être Emilio ! Pour lui faire encore une scène ! Roy soupira : la veille, au cours d'une soirée où il

flirtait ostensiblement avec Sarah, un mannequin allemand très décolleté, Emilio avait passé une tête ... et plutôt

mal pris l'attitude de son

"protégé".

Et la tante Nancy ? A entendre ces sonneries qui se succédaient, Roy se dit que ça ne devait pas être elle.

Toujours pressée, elle se contentait de deux sonneries, trois au maximum, avant de raccrocher en jérémiant.

Si ce n'était pas Emilio non plus ... ça pouvait être sa vieille copine Victoria, pour lui proposer un tennis. Et il y

avait une chance, infime mais quand même, que ce soit Harry. Ce délicieux  Harry ! 

Dans l'intervalle, Roy s'était redressé et se penchait vers son petit déjeuner, toujours accompagné des

sonneries du téléphone.

Harry ? Roy évoquait ses cheveux mi-longs ... son éternel perfecto et sa modestie jouée qui cachait mal le

prodigieux comédien qu'il pouvait être. Harry et son attitude ambiguë ... mais qui n'est pas ambigu, dans le

spectacle ? Drrrrr ! Roy s'escrima sur le couvercle du pot de confiture de framboise (son régal!). Il réussit à l

'ouvrir et le couvercle, lui échappant, se mit à rouler sur l'épaisse moquette grise. Drrrrrr ! Et voilà Roy à quatre

pattes, en train de courir après son couvercle tandis qu'il entendait toujours, de cela il était certain, les dernières

sonneries du téléphone. Allongé sur la moquette, Roy redressa la tête. A présent, c'était le silence. 

Il réalisa alors que ce n'était pas le portable qui sonnait, mais le fixe. 

Plus difficile, dans ces conditions, de savoir qui voulait lui parler. 

Après tout, si c'était si important que ça ... il (ou elle) rappellerait ! 


Gérard

_______________________________________________


Le téléphone sonne

Le téléphone sonne …et c’est à toi que je pense, étrangement, alors que je sais très bien que ce ne peut être toi. Tu as quitté ce monde il y a plus de 11 ans.

Mais en ces temps de confinement, le téléphone a sonné plus que d'habitude …et m’a permis de me rapprocher des personnes qui me sont chères en ces périodes difficiles. Ce nouveau rapport au temps aura permis à chacun de faire le point sur sa vie…et des figures plus ou moins lointaines, auront refait surface. Des amis du lycée, de la fac, des anciens voisins, des collègues que l’ont a quittés depuis longtemps, etc. Bref, ce confinement aura été synonyme de liens réactivés…de faire le tri parmi les gens qui comptent vraiment, ou qui ont beaucoup compté par le passé…cette période particulière aura fait mentir le célèbre proverbe! On peut dire aujourd'hui avec certitude que "Loin des yeux, près du coeur"!

Evidemment, tu ne m’as pas appelée mais j’aurais tellement aimé entendre ta voix. Parler de tout et de rien, de notre quotidien confiné. On ne se serait rien dit d’extraordinaire…juste quelques mots banals, sans grand intérêt. Pas de déclaration…ce n’est pas le genre de la maison ! Mais dans la banalité de certains mots se nichent le petit bonheur…la joie d’un éclat de voix. Une attention. Je ne sais trop. C’est ça, l’amour aussi…on n’a pas besoin de se le déclarer.

Ma chère grand-mère, tu ne m’as jamais autant manqué que ces dernières semaines. J’ai beaucoup pensé à toi…tu as été la grande absente, alors j’ose te l’écrire, je t’aime.

Ziza

mardi 12 mai 2020

Tout est question de point de vue ...

Ecrire un texte sur un tableau que vous aimez selon le point de vue : 
- du peintre 
- du galeriste 
- de l'acheteur 
- de l'expert

J.A. WHISTLER, Nocturn in grey and gold, 1872

J.A. WHISTLER : Oui, je me souviens... j'ai peint cette toile en 1872, à Londres, où je séjournais. Saleté de temps ! De la neige et encore de la neige. Ca m'arrangeait bien, dans un sens, vu mes recherches de l'époque sur la lumière ! C'était un soir, vers 23h, je revenais du pub ... la façade encore allumée, là, vous voyez ? Et j'ai regardé dehors ... J'avais le choix entre cuver les huit bières que j'avais avalées et, la fenêtre ouverte, sortir une toile pour tenter d'immortaliser "l'ambiance" ! Drôle d'ambiance ! Un certain William, je me souviens ... m'avait couru après dans la rue, avec un baratin du genre : "Allez, tu ne vas pas déjà rentrer ! Lâcheur ! " C'est lui qu'on voit, retournant au pub illuminé comme un gâteau d'anniversaire. Il a les mains dans ses poches, à cause du froid. Sacré William ... il est mort, trois mois après d'une cirrhose du foie. Ou d'une fluxion de poitrine, je ne sais plus. 

Enfin, paix à son âme ! 


LE GALERISTE : C'est une toile volée, en fait. Si ! c'est une toile qui a été volée ... puis retrouvée. Elle nous vient d'un musée des States ... puisque le peintre était américain. Vous avez bien sûr reconnu le vieux James Abott Mc Neill Whistler et son boulot pas possible sur les nuances et les teintes. Et ... pardon ? Et la lumière, bien sûr, j'allais le dire ! Pas drôle, au fond, la vie de type ! Non, je ne dirais pas que c'est l'Utrillo des ricains ... mais avouez que, côté paysage,  ça ne respire pas la joie de vivre ! Ce tas de neige ... ces façades ! Et ce flou partout, comme si l'artiste avait mal nettoyé ses lunettes. C'est ? ... C'est fait exprès ! ... Merci, je ne m'en étais pas douté. Quand même, vous direz ce que vous voudrez, mais c'était un fortiche, Whistler ... et sa cote, d'ailleurs, n'arrête pas de monter ... je dis ça, moi, je ne dis rien ! 


UN ACHETEUR : Je tiens à tout prix à l'avoir chez moi, Mr Stone ! Et quand je dis à tout prix ...  ! Oui, je me doute bien que vous n'allez pas me faire de cadeau ! Imaginez-vous que dans le living de ma villa de quatorze pièces, je viens de me faire installer une nouvelle cheminée ... Enfin, ma femme, ma charmante Olga ! C'est elle qui a le dernier mot, chez nous, en ce qui concerne la déco ! C'est elle qui paie, vous me direz ... mais enfin quand même ! 

Bref, elle a choisi une cheminée dans les tons beiges avec un canapé marron et des coussins gris, mais rehaussés de petits liserés blancs et dorés. Et c'est précisément ... mais précisément, il n'y a pas d'autres mots, la toile qui irait divinement avec les couleurs dont je viens de vous parler ! 

Allez, soyez chic, Mr Stone, dites-moi un prix ... et surtout dites-moi que vous êtes vendeur car sinon, mon Olga sera terriblement déçue ... et ce n'est pas ça que vous voulez ... hein ? 


L'EXPERT : Cher monsieur, c'est un faux. Oui, un faux habilement réalisé ... mais un faux. Le faux Whistler ne court pas les rues, il faut bien l'avouer ... mais c'est juste parce que ce peintre n'a pas, comment dire ?  la notoriété qu'il mériterait ! Il doit exister au monde cinq ou six copies de ... Nocturn in grey and gold ...oui, la toile s'appelle comme ça ... et vous en êtes un des heureux propriétaires ! Quoi faire ? Est-ce que je sais, moi ... je ne travaille pas pour le FBI ! Vous pouvez toujours vous retourner contre celui qui vous l'a vendue,  un certain ...  ? Ah, vous ne connaissez même pas son nom !  

Remarquez, le fait que vous l'ayez achetée dans une galerie éphémère ... aurait pu vous mettre la puce à l'oreille ! 

Une galerie éphémère ! Pourquoi pas une vente de garage ? 

J'ai bien peur qu'il ne vous faille dire adieu à vos 138 000 dollars ! Eh oui, mon bon monsieur, dans le marché de l'art, il y a des bonne affaires et des ... pardon ? Ah, là, je vous laisse le choix du mot !


Gérard


____________________________________________________________________


Michael SOWA, Zwei personen in einem Zimmer

Peindre notre époque

Le peintre : 

Herr et Frau Schmidt voulaient leur portrait dans leur salon, eh bien ils n'ont pas été déçus... En fait, ils ont bien aimé, si, si ! En rigolant, Fritz m'a lancé : « Après, vous allez prétendre que c'est la condition humaine du 21ème siècle, on attend de pouvoir y échapper, et je guette l'arrivée du bateau, tandis qu'Angelica est déjà installée dans le canot, avec les vivres, les couvertures et quelques magazines ! » Et sa femme a souligné que le tableau, au mur, pouvait aussi passer pour un rappel de la culture, qui subsiste dans les circonstances les plus inhabituelles, et qui est une sorte de remède, en tout cas d'encouragement, pour nous dire que tout n'est pas perdu, jamais !


Le galeriste : 

Avec cette œuvre, sobrement intitulée Zwei personen in einem Zimmer, qu'on peut traduire approximativement par « Couple dans une chambre », Michael Sowa fait mine de s'essayer à la peinture de genre, alors qu'il s'agit en fait d'une exploration de notre condition, décrite avec l'ironie qui caractérise cet artiste allemand (né en 1945), qui a abordé aussi bien le surréalisme que l'illustration, et souvent représenté des animaux humanisés – ou des humains animalisés ? 


Le critique d'art : 

L'artiste, si l'on ose dire, nous mène ici en bateau, feignant de nous proposer une scène d'intérieur, alors que son propos est bien ailleurs : dans cet extérieur auquel nous n'avons accès que par le truchement d'appareils optiques, sorte de béquilles à l'insuffisance de nos capacités d'observation - une façon de renvoyer le spectateur aux défaillances de sa culture picturale, qui l'empêche à l'évidence de goûter les joies de l'Art ? 


L'acheteur : 

J'aime assez, ce genre de tableau, un peu loufoque, mais en même temps c'est très bien fait, il savait peindre, ce type ! Ah ! C'est un contemporain... ? Il est coté, comme peintre ? - Ah ! Quand même... ! Et celui-là... ? Hmm... Je vais voir, enfin, réfléchir, quoi ! Parce que tout cet orange, ça fait limite... clinquant, quoi ! D'un autre côté, l'atmosphère me plaît beaucoup... Seulement, il y a la taille, aussi, chez moi ce n'est pas si grand que cela... Il fait combien, sans le cadre, je veux dire ? 


Alain

_______________________________________________________________


Wassily KANDINSKY, Color study : Squares with concentric circles - 1913

L’artiste

Je n’en peux plus de voir toujours la même chose en ce moment dans le monde de la peinture ! Les expositions se suivent et se ressemblent toutes ! J’ai l’impression qu’on est à bout de souffle…qu’on arrive à la fin de quelque chose ! Ce nouveau siècle doit marquer le monde de l’Art ou le monde de l'Art doit marquer ce nouveau siècle. Il faut que cela change, il faut de la modernité, je dirais même…une rupture brutale avec tout ce qui a déjà été peint jusqu’à présent ! Cela a bien l’air facile d’un point de vue théorique, mais concrètement, je peins quoi, moi?

Je tourne en rond …à force de vouloir mettre des ronds dans des carrés ! Des ronds dans des carrés ?! Mais oui, c’est cela, je le tiens mon concept pictural : la géométrisation!!!

Le galeriste

Cette toile a été peinte en 1913 par Kandinsky, peintre russe exilé près de Munich en Allemagne, où il vivait avec sa compagne Gabriele Munter (déjà réputée pour ses peintures). C’est durant ces années que son travail a évolué, passant de l’expressionnisme, à ce qu’on allait dénommer ultérieurement, l’art abstrait. Commence alors la période d’une productivité intense qui marque un tournant majeur dans le travail de Kandinsky qui trouve enfin le début de son chemin vers une peinture sans sujet, une peinture abstraite. Le groupe pose les bases d’un nouveau langage pictural : l’art abstrait, qui allait révolutionner tout le monde de l’art !

La période très féconde de Munich-Murnau s’achève brusquement en août 1914. Kandinsky, en tant que Russe, doit quitter l’Allemagne à la déclaration de la guerre. Il part avec Gabriele en Suisse, mais chacun se rend à l’évidence : la guerre va durer longtemps. Ils se séparent en novembre. Les six années passées à Moscou sont peu productives à l’exception d’œuvres graphiques et de quelques grands formats.

L’acheteur

Je ne comprends à l’art, encore moins à la peinture ! Et pourtant, en découvrant cette magnifique fresque réalisée par ma petite dernière à l’école maternelle (en dernière section) avec sa classe, j’ai eu un coup de cœur en la découvrant lors de la kermesse dans le préau en juin dernier !

J’ai complètement craqué pour ces couleurs éclatantes et ses formes géométriques simples ! C’est en discutant avec la maîtresse de Jessica, que j’ai appris que la fresque avait été inspirée par l’œuvre d'un peintre russe : un certain Kandinsky dont je n'avais jamais entendu parlé (je vous l'ai dit, je ne comprends rien à tout ça) !

Et voilà, je suis là aujourd’hui,dans cette célèbre galerie parisienne pour acheter mon coup de cœur ! Le galeriste s'est senti obligé de me raconter la vie de l'artiste à travers sa période "Murnau" mais je dois dire que je m'en moque bien de tout cela, car je vais l'acheter cette peinture, il a pas besoin de me sortir toute sa science! Il faut dire que mes affaires ont bien marché ces dernières années avec les ventes sur internet de mes produits « made in China », alors je m’offre cette toile qui trônera bientôt dans mon salon ! Tout le monde pensera que c’est Jessica qui l’aura peinte : je serai le seul à connaître ce petit secret… Je vais d’ailleurs aller chez le notaire pour établir un testament afin d’assurer un bel avenir à ma tribu ! On ne sait jamais, quelqu’un pourrait avoir la mauvaise idée de jeter cette peinture s’il m’arrivait quelque chose!

Le critique d’art

La quadrature du cercle est un problème classique de mathématiques apparaissant en géométrie. Il fait partie des trois grands problèmes de l'Antiquité, avec la trisection de l'angle et la duplication du cube. Le problème consiste à construire un carré de même aire qu'un disque ... aux prises avec les outils dont il dispose pour « mettre un cercle au carré ». Cette problématique qui a traversé les siècles, a été le point de départ de toute la réflexion qui a nourrit le travail de Kandinsky et il l’a transformée en langage pictural universel à travers cette œuvre graphique aux aplats de couleurs s si singuliers . C’est ainsi que cet artiste majeur du XX° siècle est devenu le fondateur de l’art abstrait grâce à sa théorisation de l’art.

Ziza


mardi 5 mai 2020

La photo surprise

Chacun des écrivants envoie la photo d'un objet à l'un des écrivants et ce dernier écrit un texte en lien avec cet objet!
Contraintes : 100 mots maximum (sans les articles) et dans un style épuré.


Patricia à Alain 

Bêtises de jeunesse


Elle trônait sur le meuble du salon. Dessus était écrit, noir sur fond crème, Boîte à bêtises. 
L'enfant aimait jouer avec, en faire en rêve un coffre aux trésors, qui pouvait s'agrandir aux limites de l'univers. Ou un vaisseau spatial, à bord duquel il se promenait entre les galaxies, quand tout le monde était couché. 

Cette boîte, disait Grand-mère d'un ton mi-sévère mi-rieur, sert à ranger tes bêtises, à toi... Les grosses au fond, empilées l'une sur l'autre, et les plus petites au-dessus, comme ça, en vrac...Tu vois, n'en fais pas trop : la boîte n'est pas très grande !

Alain


_______________________________________________________



Alain à Isabelle

La transparence du verre bleuté traversée par l’épée du soleil est fascinante. La lame du rayon vient réchauffer les bulles de gaz qui rient et sautillent comme des petites filles dans la cour d’école. La lumière inonde l’eau de Seltz. Les reflets deviennent une mer tropicale sous les vagues de verre …je ferme les yeux et des petits poissons aux couleurs insensées dansent sous mes paupières. L’instant est marin…Mais le siphon reste d’acier sous la pulpe de mes doigts. Froid et orgueilleux comme un pic rocheux inaccessible. Ses deux courbes arrogantes semblent faire un pied de nez au regard ! Tant pis pour lui, je l’abandonne à son insolence pour retrouver les doux reflets du camaïeu de l’eau …

Ziza


________________________________________

Gérard à Patricia

Le sable, le feu et l’homme

Le verre naît de la silice, de la chaux et du fondant, qu’il soit de Bohème ou d’Alsace.

Le Maître Verrier chauffe la canne et
Cueille le verre en fusion,
Miel brûlant, malléable à l’envie.
De son souffle régulier, la matière se creuse, se dilate
Pour qu’éclose la paraison.
De sa main, il la façonne, la cisaille en diamant
De ses rotations, il l’étire, la distend
De sa virtuosité et de sa générosité l’œuvre se révèle enfin, magnifique.
Le Maître Verrier sourit, heureux.


Patricia
__________________________________________________________________

Isabelle à Gérard

PLUCHE, PLUCHES


L'éplucheur était ravi, on l'avait préféré au couteau :

celui-ci, gros maladroit, laissait des épluchures de deux centimètres, 

la honte ! Donc économe, l'économe

faisait son travail, saisissant pour les ôter entre ses deux lames

astucieusement placées ... la peau brunâtre et terreuse

de la pomme de terre qui n'en pouvait mais. Plus tard

la friteuse interviendrait et l'économe goûterait

dans son tiroir, un repos bien mérité ! 


Gérard


    



mercredi 29 avril 2020

Le trio

Ecrire un texte sur le thème du trio (avec une contrainte : pas de trio amoureux)


UN TRIO GOURMAND : Crème, fraise, petite cuillère


Dans l’assiette, la crème s’étend sur toute sa rotondité, 
elle a été fouettée, pour plus d’onctuosité.
Doucement les fraises sont déposées sur la crème immaculée, 
le contraste des couleurs, 
du blanc parfait et mousseux au rouge cramoisi et gourmand,  
et la fragrance enivrante du fruit excitent les papilles.
La petite cuillère prolonge les doigts de la gourmande, 
se réchauffe à leur contact,
En une savante rotation elle est conduite sur la chair tendre de la fraise
et s’apprête à la fendre… 
Non... pas tout de suite. 
Menée par les doigts habiles, 
la ronde cuillère gobe une dose de cette crème légère, 
enrobe délicatement la fraise, l’habille de lactescence. 
Quelques akènes apparaissent encore, laissant deviner le fruit désiré. 
D’un mouvement adroit, elle s’engage sous la chair, 
la porte aux lèvres ouvertes qui l’emprisonnent, 
se laisse glisser sur la langue,
puis, quitte ce doux fourreau 


pour donner libre cours à la mastication de la gastronome.

Patricia

_____________________________________________________________

Chaque fois c'est pareil


A chaque fois c'était la même chose. A chaque fin de partie, il savait comment cela se terminerait. Au point qu'il priait le  ciel pour ne pas tomber sur eux, non ceux-là particulièrement, mais des gens de leur « rang », du même acabit, quoi ! 
Déjà, ils se moquaient de son prénom, de son allure... Et en outre, il savait qu'avec eux il n'avait aucune chance de l'emporter...
Mais enfin, qu'est-ce qu'ils avaient, avec son prénom ?  Lancelot, ce n'était quand même pas rien - pas Marcel ou Jean-Paul... ou Eudes, comme ce copain d'une autre couleur, c'est-à-dire d'une autre équipe, un grand flandrin mélancolique mais plutôt sympa... Quant à eux, les autres, là, ils s'appelaient Alexandre, et elle Judith - Bon, un roi, d'accord, mais vêtu de la même couleur noire que lui Lancelot, et elle, toute drapée de rouge, c'est vrai qu'elle était sexy, vraiment royale aussi dans un autre genre... Mais on voyait bien que c'était une sournoise, d'ailleurs la rumeur ne prétendait-elle pas qu'elle avait tué un de ses amants ? Elle avait été acquittée, mais par provocation elle lançait de temps à autre en guise de cri de guerre : « Qu'on leur coupe la tête ! - Qu'on leur coupe la tête ! » 
En tout cas, ça ne faisait pas un pli : chaque fois qu'ils sortaient ensemble, rien que pour une partie, c'est lui perdait. Soit qu'Alexandre lui rive son clou, en lui jetant, méprisant : « Tu n'es qu'un valet... ! », soit que Judith se mette à hurler : « Je coupe à cœur ! - Je coupe à cœur... car tel est mon plaisir ! » - Elle, la jolie reine, l'implacable Belle Dame sans merci... 

Alain


_________________________________________________________

             COMME ON SE RETROUVE 

On s'était dit ... on s'était dit et puis le temps a passé.
On a eu vingt ans ensemble et on s'est promis, comme dans la chanson, de se retrouver dix ans après, Joseph (dit le grand Jo) Maurice (dit Momo) et moi (dit rien du tout).
Joseph, cheveux frisés et moustache conquérante, se posait en chef. Maurice était l'éternel second, le souffre-douleur. J'étais l'électron libre, celui qui n'avait pas fait sciences-Po comme eux deux, mais un master de droit. N'importe quoi.
A trente ans, le rendez-vous eut bien lieu. Maurice avait perdu pas mal de cheveux et fondé une famille. Joseph cavalait toujours. Je restais discret sur ma vie privée et me bornais à écouter au "Grand Cerf", le restaurant chic de la ville, mes deux copains égrener leurs voyages, leurs mutations, leurs vie en pointillés.
- C'est pas tout çà, lança Jo à la fin du repas, mais j'espère, les gars, qu'on se retrouvera à quarante !  Et de lever son verre avec détermination.
Quarante ans. Nous y sommes. Je suis arrivé le premier devant la porte du "Grand Cerf". Je la pousse. D'un coup d'oeil, j'aperçois Maurice au fond. En dépit de nos engagements, une femme l'accompagne, la sienne, sans doute. Jo arrive un peu plus tard, seul, mais avec, plein la bouche,  ces U.S.A  où, dit-il, il a trouvé une place en or dans la spéculation boursière. La femme de Momo boit l'apéritif avec nous, puis elle nous laisse "entre hommes" comme elle dit.  Sa silhouette de petite souris blonde disparaît vers l'autre extrémité du restaurant et Joseph écarte les bras : Alors ! Clame-t-il, quoi de neuf ?
Assistant à la fac' voisine, je viens de perdre mon boulot. Je biaise pour ne pas le leur avouer. Maurice s'étale sur sa vie familiale ... pour un peu il nous sortirait des photos de ses gosses. Je les regarde longuement tous les deux, mes anciens condisciples : Maurice a la bouche qui se fripe et Joseph tremble en avalant son énième verre de vin.
Je me dis que le tournant des cinquante, ce sera sans moi.
Définitivement. 


Gérard

___________________________________________________________

Le trio blanc marron jaune

C’est une fratrie
Un trio de sœurs poubelles
L’une marron, l’aînée (longtemps fille unique)
L’autre blanche (la plus bruyante)
Et enfin la petite dernière la jaune (arrivée sur le tard)
Un trio de sœurettes
Avec ses mesquineries et ses perversités
Ses lâchetés et ses amertumes
Ses chamailleries et ses disputes
Ses jalousies et ses retrouvailles.

Elles croupissaient au fond d’un local à poubelles
Constamment sale et délabré
Et qui empestait souvent les ordures
Elles avaient rêvé d’un autre destin
Plus glorieux, plus flamboyant, plus noble
Mais la destinée en avait voulu ainsi
Croupir en attendant les détritus qu’on leur jetterait dessus
Et des mains robustes viendraient inlassablement
Les prendre parfois avec brutalité
Pour les déposer sans ménagement sur un bout de trottoir
Qu’il pleuve ou qu’il vente
Elles devaient attendre dehors
Qu’on vienne les vider de leur contenu souvent repoussant
Et attendre encore qu'on les rentre.

Les frangines avaient bien essayé de se rebeller
D’échapper à leur triste sort
En espérant une autre destinée
Mais en vain
Elles ont fini par se résigner...

Et les choses ont changé tout doucement
Elles ont fini par comprendre, et même par accepter
D’être condamnées à ces bas-fonds de la société
Ô combien utiles !
Elles ont réalisé que leur rôle était précieux
Dans ce monde qui va droit dans le mur
Elles jouent un rôle incontournable
Elles contribuent à la chaîne du tri sélectif
Indispensable dans notre société de (sur)consommation
Et participent ainsi activement
A la préservation des ressources naturelles.

Elles se sentent à présent fières de leur rôle 
En nous facilitant le tri de nos déchets
Consolées de leurs illusions perdues
Réconciliées avec leurs rêves évanouis
Elles ont enfin trouvé leur place
Elles sont enfin en paix avec elles-mêmes.

Ziza