dimanche 11 mars 2018

Exercice de style, à la Raymond Queneau

Prenez un événement simple : un homme descend d’un bus, trébuche, regarde autour de lui avec embarras, et découvre qu’une fille sourit.


Scène vue par un banlieusard jeune
Oh le naze ! Sait même pas descendre deux marches, il s’étale sur le trottoir ! Et nous derrière, on attend qu’il se ramasse. C’est ça, prends ton temps, regardes autour de toi, personne t’aidera, t’es à Sarcelle vieux, oublies pas !
Qu’est-ce qu’elle fout la meuf dehors ? Elle rigole, va vers lui, lui prend la main, l’aide à se relever, jamais vu ça ici !!!!


Scène vue par la victime, prend le taxi en général
Ce bus n’avance pas j’aurais du prendre un taxi. Charles va m’attendre, ah je le vois là-bas devant chez Vuitton, le bus s’arrête, je bouscule les lents, c’est insupportable ces transports en commun pour des gens qui n’ont rien en commun, quelle peste le peuple ! Je me dégage, j’accélère le pas, je rate la seule marche et m’effondre lamentablement sur le trottoir des Champs Elysées…
Je me sens ridicule, Charles m’a vu et s’éloigne ne voulant pas partager ma honte. Dans les personnes agglutinées et fâchées de perdre leur temps à cause de moi, j’entends un éclat de rire cristallin, une fille au doux regard s’approche et me tend la main.
Patricia


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Scène tragique

Le 89 était en retard, bien sûr. Quand je suis arrivé, sous la pluie toujours, il était bondé, rempli de voyageurs bruyants et antipathiques.
Je me suis dit que j'allais descendre à l'arrêt suivant. A huit kilomètres encore de chez moi, mais...bon. J'ai appuyé sur le bouton, rien. Bien ma veine ! J'ai insisté, insisté...et, pour finir, comme d'autres voyageurs voulaient monter, le bus a pilé et le machiniste a ouvert la porte. Je me suis faufilé, jouant des coudes, me faisant copieusement engueulé au passage. En prenant pied sur le trottoir glissant, je me suis ramassé proprement.
Grosse douleur au genou et mon pantalon déchiré.
Un pantalon à cent-cinquante euros, la joie !
Et, en relevant la tête, j'ai aperçu une fille que ça faisait sourire. Et même rire !
Je m'approchai pour lui  faire une remarque, quand je me suis payé un réverbère que je n'avais pas vu.
Point final !

Fantasio


Ecrire un texte avec trois titres de chapitre imposés!



Ecrire un texte à partir de trois titres de chapitres de "L'homme-sœur" de Patrick Lapeyre avec une phrase de début (les poissons volants), une phrase au milieu (à 11h30 du soir) et une phrase de fin (une héroïne de Robert Bresson).
Temps d'écriture : 15 minutes 
Les poissons volants s’échauffent toujours en s’ébrouant dans l’eau du jacuzzi. Depuis la disparition des pigeons voyageurs et des postiers, l’Etat a pris la sage décision de les utiliser pour toutes les missives urgentes. Non polluants, autonomie de 10h de vol, idéal pour l’armée qui a créé un élevage à Marseille.
La mafia a bien essayé de reprendre le marché et de revendre les plus beaux spécimens à l’Arabie Saoudite, mais la sécheresse est arrivée à son summum dans cette partie du monde, la moindre goutte d’eau vaut plus que le pétrole, et le poisson n’aime pas mariner dans le pétrole !
Le départ du courrier est prévu à 11h30 du soir, la micro-puce insérée sous les écailles du poisson Isidore est à l’abri dans la fraîcheur de la nuit.
Le lendemain matin, après 9 heures de vol, Isidore se jette dans la piscine au sel de l’Excelsior de Cadix ; il est éreinté, pourtant ses yeux globuleux voient arriver sur lui le Capitaine Dolorès. Brune, athlétique, cheveux négligemment peignés caressant ses épaules bronzées, le regard noir telle une héroïne de Robert Bresson.
Patricia


Les poissons volants sont rares à Arcachon Dans la mer qui s'étalait en bas, aucun requin non plus. Le calme plat. Béatrice commençait à maudire cette location en Airbnb. Et Francis. Francis qui n'était pas rentré, très occupé, sans doute, à refaire le monde avec le garçon de plage ou un maître-nageur attardé. L'alcool aidant... qui sait dans quel état il rentrerait ? Francis, la trentaine, était un brun un brin dégarni qu'elle avait côtoyé longtemps  avant de se décider à aller plus loin.
Les heures défilaient.
Rien à la télé, rien sur la plage, rien dans le ciel, rien dans sa tête à elle.
Et la déco de la chambre qui était vraiment atroce. Béa ne pouvait pas s'empêcher de se sentir piégée. Elle se rencogna sur la canapé, fermant les yeux.
On pense toujours, dans ces cas-là, que le bonheur existe, ailleurs et qu'il est pour d'autres, jamais pour soi.
Il était dix heures. Elle s'était dit, dans un premier temps, qu'elle laissait une chance à Francis, s'il rentrait avant onze heures et demi du soir.
Et puis, non ! Changeant d'avis, elle fit sa valise. Vite, vite, elle passa un imper et ouvrit silencieusement la porte palière. Elle descendit l'escalier, furtive, se demandant ce qu'elle dirait à Francis si elle le croisait.
Elle resta un instant dans l'entrée, oppressée, se répétant qu'elle allait partir au hasard, essayer de réussir sa vie amoureuse, s'il n'était pas trop tard.
Elle se sentait vraiment comme une héroïne de Robert Bresson.

Fantasio

dimanche 11 février 2018


Nom de famille, date, nom commun, lieu
Villa, Durandel, 1620, Bastille


Dans sa villa, le baron Durandel se trouvait pris dans un dilemme ; devait-il ou non livrer le Masque de Fer à l'autorité afin qu'elle l'enferme à la Bastille , ou bien devait-il le faire libérer sur parole tout en sachant que l'anonymat du prisonnier devait être respecté impérativement. Nous étions en juillet 1620 et Durandel, qui était toujours dans sa villa n'avait pas pris la moindre décision. Pourquoi le Masque de Fer se trouvait chez lui au lieu d'être où il le devait , dans un cachot à la Bastille et non dans la villa d'un haut fonctionnaire du royaume, non, en ce jour de juillet 1620, il se dit qu'il ne comprenait vraiment rien à ce qui lui arrivait, aucune issue ne lui venait à l'esprit. Finalement, lui et le Masque de Fer sortirent et allèrent se faire embastiller tous les deux, en ce jour de juillet 1620 pendant une nuit claire, la lune gibbeuse éclairait les lieux de sa lumière à la fois brillante et nocturne. Il n'y avait plus d'espoir

Gérard



Texte commençant par la phrase « Le mensonge me connaît maintenant »
et finissant par la phrase « Le travail n'est pas la vraie solution »


Le mensonge me connaît maintenant . A l'issue de sa dernière visite, elle m'avait posé ses volontés en des termes on ne peut plus clairs ; en fait, son désir était ni plus ni moins que de rompre et il n'y avait rien d'autre à dire, ni surtout à espérer. C'est alors que je me mis à développer ma rhétorique la plus dissimulatrice, la plus mensongère aussi en lui demandant de m'accorder cette seconde chance que je mendiais désespérément auprès d'elle, je suis même allé jusqu'à lui dire que j'étais prêt à lui rédiger en alexandrins ou en vers hexamètriques. Ce qui était tout de même bien imprudent de ma part , sachant que je ne maîtrisais aucune de ces deux formes de versification. Le premier mensonge venait d'arriver au cours de cette nuit , il inaugurerait le début d'une longue série. Je lui avait, je devrais dire je l'avais implorée, étant même allé jusqu'à me jeter à genoux, heureusement que l'épaisse moquette avait amorti ma douloureuse génuflexion. On aurait pu penser, à première vue, que je me livrais à un cérémonial de prière envers je ne sais quelle idole plus ou moins païenne. En dépit de mes supplications elle demeura inflexible, me reprochant de l'avoir trompée en abusant de sa confiance. Tout ça pour une passade, un court moment de pseudo bonheur, vraiment elle n'avait pas eu l'esprit ouvert. C'est alors qu'elle prit ses affaires et congé de ma personne. C'est à c moment que je mis en œuvre la rédaction de ce texte sur la rupture d'avec l'être aimé, ce qui ne manqua pas de me faire suer sang et eau, comme je l'ai écrit un peu plus haut, je n'avais aucun don pour la versification et ,je pense, pour la poésie en général, non le travail n'est pas la vraie solution.

Gérard 




Thème : Un homme de trente cinq ans, bien sous tous les rapports, avec une belle situation, a avoué avoir brûlé sa femme après avoir pleuré sa disparition durant quatre mois.


Qu'avait – il pu se passer entre eux pour que ce jour là il en arrive à passer de l'autre côté , pour qu'il accomplisse l'irréparable , au point même où tout le monde en fut estomaqué lorsqu'il en arriva aux aveux. Que s'étaient-ils dit , à quelle réalité s'étaient -ils trouvés confrontés pour en arriver à ce point de non retour.Cela resterait désormais un insondable mystère, on pourrait gloser de quelque façon qu'on le veuille, cela ne changerait rien à l'affaire. Le drame avait eu lieu, à l'instar d'un drame antique, sauf que là personne ne se relèverait pour saluer. Dommage, elle était très jolie et son regard on devinait son intelligence brillante, ce qui montre qu'il n'avait pas que des goûts de petit bourgeois, sinon pourquoi se serait-il livré à un tel acte. Tant pis pour lui, le voilà pris, sans doute devait-il se demander pourquoi il n'avait pas eu le courage de la rejoindre en un accomplissement apocalyptique , une conclusion finale gigantesque et dévastatrice qui l'aurait rendu moins médiocre qu'il n'était en réalité ; finalement, j'en arrive presque à le plaindre, mais il ignorait que l'on ne parvient jamais à brûler totalement un cadavre humain.

Gérard

dimanche 28 janvier 2018

A partir d'un fait divers écrit par Fénéon


Même exercice (commun) avec la nouvelle : « Chez un cabaretier de Versailles, l’ex-ecclésiastique Rouslot trouva dans sa onzième absinthe, la crise de délirium tremens qui l’emporta. »
Temps d'écriture : 15 minutes
La maigre Adeline s’essuya les yeux : ça recommençait. Après ces deux hommes qui s’étaient entretués pour elle, voilà que son dernier amant, Jeannot Rouslot venait de trépasser. Le patron du cabaret « Au poisson couronné » (Versailles), était précis : Rouslot était arrivé vers vingt et une heures, soucieux. Il avait commandé une absinthe, puis une autre. De temps en temps, il s’essuyait les yeux, soupirait. A la neuvième absinthe, le patron avait essayé de raisonner Rouslot. L’avait saisi par le bras. Peine perdue, l’ex-ecclésiastique s’était débattu. Il avait marmonné dans sa barbe et se ruant sur les deux derniers verres qu’il avait commandés. Il les avait avalés, d’un coup. Son souffle était soudain devenu oppressé, son regard fixe. Il avait poussé un râle et fini par s’écrouler.

Adeline repensait à la douceur de ses mains, au côté rassurant de sa barbe, à sa calvitie distinguée. Une odeur la fit tressaillir : les patates commençaient à brûler dans la poêle. Elle se leva pour les remuer, laissant sur la table le journal où on lisait page trois, à la rubrique « faits-divers en trois lignes (de F. Fénéon) : « Chez un cabaretier de Versailles, l’ex-ecclésiastique Rouslot trouva dans sa … »
Fantasio
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Tintin, le propriétaire de l’Ange Bleu, connaissait bien Roger Rouslot, le prêtre défroqué qui pointait présent à toutes les soirées du cabaret. Ce dernier avait bien essayé de se couler dans la quiétude d’un foyer et s’était marié deux fois. Il avait trainé d’un petit boulot à l’autre, sans pouvoir se stabiliser. L’Ange Bleu devenait son principal point de chute. Il avait glissé dans les bras de toutes les callgirls de l’établissement. Elles le chouchoutaient et il les aimait toutes mais n’arrivait pas à se sociabiliser. Il avait trop vécu. Il devait beaucoup d’argent à droite et à gauche, et il était temps pour lui de partir. Il était décidé à partir par abus d’absinthe après avoir reçu les bises de toutes les filles de l’établissement.

Tintin trouva noté sous son porte-verre : « je pars heureux, selon ma propre volonté, parmi ceux qui comptent pour moi ».

Avantscene

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Le cabaret suait la tristesse, sur les murs lépreux se détachaient des lambeaux de papier peint, retombant lamentablement. Là se trouvait l'ex- ecclésiastique Rouslot, prêtre défroqué (qui se défroquait aussi quelques fois lorsque l'ivresse le conduisait aux plus incontrôlables écarts). C'était un homme, du moins ce qu'il en restait , particulièrement triste et malheureux qui était arrivé au terme de sa misérable vie. Il avait fini la dixième absinthe, l'alcool n'avait plus grand goût pour lui à présent ; pour Rouslot, cela ne signifiait plus rien . Il se hâta de commander, à crédit, la onzième absinthe et se mit en devoir de la consommer. A l'issue, le prit une horrible crise de delirium qui lui fit voir de drôles de créatures un peu partout, des rats, des cafards grassouillets et touts sortes de vilaines créatures touts plus épouvantables les unes que les autres. Elles le fixaient en rigolant, leurs yeux exprimant une ironie morbide et dévastatrices ; elles escaladaient la table et rampaient autour de lui, comme dans un tableau de Jérôme Bosch, il vit des flammes et se demanda si pour faire bouillir une marmite il lui aurait fallu une charretée de bois.L'incendie sembla alors l'absorber. Le serveur le trouva inanimé, assis à la même place , les yeux fermés et le regard désormais absent pour l'éternité. Décidément, Rouslot, Dieu ne t'a plus en sa Sainte Garde ; Il mourut en ce lieu sordide où il avait laissé ses derniers sous. Cette fois , il n'avait pas payé ses absinthes, il était mort à crédit.

Gérard

5 mots pour une histoire

Mots à utiliser (commençant par la même lettre) : Papou, Port-Salut, père, palindrome, pattemouille.
Temps d'écriture : 7 minutes
Quand il quitta sa Papouasie natale, Amidou marcha longtemps, traversa plusieurs pays et finit par arriver à la grande ville portuaire de Port-Salut. La commanderie avait une forme de fromage, d’où sans doute le nom.
Le jeune Papou voulait embarquer pour l’Europe, comme beaucoup ici. Il erra dans les souks, chercha une occasion, un plan. Chez un humble marchand de tissus, spécialisé dans la pattemouille, il se trouva face à un vieil homme au boubou multicolore en qui il reconnut son père, son père qui avait abandonné sa famille cinq ans plut tôt. Les deux hommes tombèrent dans les bras l’un de l’autre.

Amidou, éperdu, regardait l’auteur de ses jours qui disait : « Dieu est grand qui a permis qu’on se retrouve. Un jour, je le sais, tu reprendras l’affaire… » Le père, précisons-le, se nommait Uru. Un palindrome !
Fantasio
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 « Bonjour à vous, les papous et mamous de Port Salut, Mme le Maire, au Père Palindrome Eulalie de l’Espérance, aux sœurs du couvent de la Résurrection, bref à tous les habitants de cette belle île ; même aux animaux, Cloclo la vache, Mouillette l’ânesse et son inséparable ami Pattemouille, le golden. Je viens, comme prévu, aujourd’hui livrer votre ravitaillement en espérant qu’il vous suffise pendant les 6 prochains mois. Je ne resterai pas longtemps à quai car mon bateau n’aime pas la cargaison de guano qui le décore. A Chao Bye, bye amigos !».
Avantscene

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Des Papous se réunissaient au bord de la falaise, autour d'un grand feu pour manger du Port Salut. Plus loin , on voyait de petites embarcations dansant sur les eaux calmes du port. Un chaman rigolard récitait de longues litanies essentiellement constituées de palindromes déclinés en langue papou. Une des épouses du chef de tribu, avec une patte mouille sur la tête , attribut qu'elle tenait de son père, tentait de trouver un peu de fraîcheur dans le jour finissant. Tandis que de petits coléoptères vivement colorés bourdonnaient en proie à une fureur extrême, ce qui avait pour résultat de provoquer un vacarme assourdissant .

Gérard

Développer un fait divers rédigé par Fénéon (tiré au hasard)


Escortée d’un vieillard, Jeanne Ostende, 18 ans a été poignardée dans une caserne de Toulon par le matelot, Victor Michel. 
Temps d'écriture : 15 minutes

Jeanne Ostende se rendit au rendez-vous proposé par son amoureux, Victor Michel. Il lui avait demandé de venir seule avec la somme que lui aurait rapporté la vente de la chevalière qu’elle devait dérober à son vieux loueur.

Tout c’était bien passé au début, elle avait attendu le sommeil de son propriétaire pour subtiliser l’objet qu’il plaçait chaque nuit sur sa table de chevet. Puis elle s’était rendue immédiatement au port où un receleur lui avait remis quelques billets, puis elle avait sauté dans le bus qui la menait à la caserne. A sa grande surprise, le vieux, son imper usé jeté sur son pyjama, grimpa à son tour à sa suite. Il l’obligea à le mener au lieu de rendez-vous sous peine de la coller dehors et de la livrer aux flics. Victor, le matelot, n’apprécia pas cette compagnie, l’accusa de traitrise et la poignarda. La jeune fille s’écroula morte sur et sous le coup.

Le vieux qui n’en demandait pas tant, récupéra l’argent et trouva une nouvelle locataire.

Avantscene


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« Calen, détenu à la prison de Thouars, que venait de manquer une sentinelle, s’est tué en tombant sur des rochers. Il s’évadait. »
Calen regardait autour de lui, haletant : le grand mur, derrière lequel il venait de passer sept ans, dressait sa masse grise. Calen, un petit homme brun un peu dégarni, suait dans sa tenue réglementaire. Il avait profité d’une chance inouïe, l’arme du gardien qui s’était enrayée. Pourquoi, comment ? Celui-ci aurait été bien en peine de le dire. Sous le soleil qui écrasait Thouars et sa prison, il fouillait des yeux les fourrés. Calen le rescapé demeurait invisible. Il s’était tapi dans les broussailles et attendait, l’œil fixé sur la petite silhouette en bleu sombre, là-haut.

Un long moment s’écoula. Immobilité de part et d’autre. Puis, ce fut la relève et le nouveau garde tourna les talons pour marcher vers l’autre extrémité du chemin de ronde. Exultant, Calen déplia ses jambes, se leva tout à fait et entreprit de bondir de rocher en rocher vers…la liberté. Un rocher, un autre, Calen faisait de grands moulinets avec ses bras pour garder l’équilibre. Mais le soleil en face, ce n’est pas l’idéal, vraiment pas. Calen glissa et dégringola de huit mètres sur les rochers en contrebas. Il y laissa sa peau de voleur à la tire, ses dernières illusions et la pensée de sa femme Solange, qui l’attendait dans un petit hôtel des environs.

Fantasio

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Thème : Deux kilomètres de câbles téléphoniques venaient d'être coupés entre Arcueil et Bourg la Reine et quatre autres à Pavillon sous bois.

Une panne d’électricité se généralisait à l'ensemble des quartiers périphériques . Les maisons colorées et pimpantes , ordinairement vivement éclairées, se trouvaient plongées dans une semi obscurité vespérale car le jour déclinait rapidement. Chacun des résidents se demandait ce qui avait bien pu se produire, mais tous l'ignoraient car la panne d électricité, outre de priver les habitants de lumière, leur avait aussi en grande partie ôté leur droit à l'information ; ainsi, la nuit devenait progressivement totale muant les charmants pavillons et leurs habitants en silhouettes fantomatiques auxquelles seule la lumières des chandelles tendait à redonner un peu de vie. Si chacun avait eu connaissance des faits , ce qui en ces temps de coupure de courant se révélait impossible, il aurait été possible de se faire une meilleure idée du fait, sachant que deux kilomètres de fils téléphoniques venaient d'être coupés entre Arcueil et Bourg la Reine et quatre autres à Pavillon sous bois. Sans doute, les auteurs, dans leur infinie négligence avaient-ils également coupés les câbles du réseau d'éclairage, ainsi chacun resterait-il dans le noir sans jamais communiquer autrement qu'avec son plus proche voisin, qu'il s'entende ou non avec lui. C'était vraiment une drôle de journée, toute une population se trouvait projetée dans l'inconnu sans même savoir ni où ni comment s'orienter, et encore doit on préciser qu'il n'y avait aucune inondation, on imagine , non sans effroi, comment se serait déroulée la nuit de gens malheureux , privés de tout et les pieds dans une eau boueuse et glaciale. Mais enfin les services auraient rétabli le courant faute d'avoir pu récupérer les câbles volés et d'avoir pu mettre la main sur les voleurs.


Gérard

dimanche 14 janvier 2018

Journal de bord d'un objet du quotidien

Journal d’un tourniquet du métro
Temps d'écriture : 10 minutes


17 mars
Aujourd’hui nous y sommes tous passés. Maria, la femme de ménage nous a astiqués vigoureusement au vinaigre. Mais bon sang, ça pique ce truc, et elle n’est pas capable de nous frotter avec délicatesse ! Non, elle a une sacrée poigne, elle frotte, elle frotte, elle frotte, pour un peu ça me filerait de l’urticaire !
Mais au moins, aujourd’hui, je brille de mille feux et pourrai faire sensation pour le grand dîner de demain. Cela faisait longtemps que j’étais rangée au placard, je commençais à m’ennuyer.


18 mars
Tadam. Dans la maison c’est la course, tout le monde s’affaire pour le dîner de ce soir. Quatorze personnes, et apparemment des gens importants !
Je serai à l’honneur. Tous les copains sont au garde-à-vous.
J’ai retrouvé Alphonse, le verre à pied en cristal, un bail que je ne l’avais pas vu ! On a pu faire un brin de causette, c’était chouette.
J’ai entendu que madame Délirian serait là avec son mari, l’ambassadeur du Sénégal ! Elle est d’une beauté incroyable. J’espère que je tomberai sur elle, quel délice de pouvoir cajoler sa langue et son palais toute la soirée !


19 mars
Je suis exténuée ! La dîner a duré des heures. Les plats se sont enchaînés de manière quasi ininterrompue. J’ai travaillé comme une folle. Surtout que j’ai été attribuée à M. Jeanneteau, député du centre, qui mange comme un goinfre. Il a repris trois fois de l’agneau, deux fois du riz et quatre fois des légumes. Et puis une sacrée mâchoire celui-là ! On ne peut pas dire qu’il m’ait caressé voluptueusement d’une bouche raffinée et délicate. En plus il avait des bridges et des couronnes partout dans la bouche, c’est beaucoup moins agréable que le contact de belles dents saines.
Enfin, j’aurais pu tomber sur pire. Cyrelle a dû servir toute la soirée ce vieil édenté de Coliard, académicien grabataire. Et c’est Bastian qui a eu la chance de toucher la belle bouche et les savoureuses lèvres de Mme Délirian. Il en est encore tout retourné.

Maria est en retard. Nous attendons tous agglutinés les uns contre les autres dans la cuisine, plein d’huile et de gras. Ça commence à devenir franchement désagréable. Vivement le bain ! Ensuite un peu de repos pour se remettre de la folie des derniers jours sera fort apprécié !
Agnès-Sarah

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Bref, me voilà installé depuis deux ans au métro Havre-Caumartin. Ca va. J’ai des collègues qui friment parce qu’on les a peints en doré et qu’ils bossent à Ranelagh. D’autres sont régulièrement enjambés, voire forcés… je le sais. Ce matin, neuf heures, c’est calme, le plus gros des employés de bureaux, vendeurs et vendeuses de grands magasins, est passé.
Tiens, voilà un retraité, tremblotant, qui pousse tout ce qu’il peut, sans réaliser qu’il doit d’abord retirer son ticket. Bon, ça y est. Suivent trois Japonaises qui piaillent et se bousculent. Qui s’extasient sur ce joyau de la technologie française. J’ai peur à un moment qu’elles ne me prennent en photo, mais non. Voilà une jeune femme et son fils…qui profite de sa petite taille pour se glisser sous moi et passer. Sa mère s’abstient de tout commentaire. Elle me fait tourner d’un geste de vamp et disparaît dans le couloir direction Pont de Sèvres.
Plus personne. Des grondements souterrains, la préposée au guichet qui téléphone, comme à son habitude. Si au moins il pouvait y avoir une poursuite après un « voyageur sans titre de transport », ou une panne de courant, ça me distrairait.


Les heures passent. Cinq heures. Enfin, ça reprend. Mains pressées, mais poisseuses, coups de fesse, de hanche, de genoux, de sac propulsés en avant. Clac, clac et –re-clac ! Je revis !

Fantasio 


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En voilà un qui arrive à toute allure avec sa voiture de sport, je vais me faire un malin plaisir de le bloquer, ça lui apprendra à frimer. Et toc, je m'allume et je demande au feu vert un rab de temps, il ne me plaît vraiment pas ce type. Il regarde sa montre, pianote des doigts sur le volant, tu n'es pas prêt de repartir mon gars, le vert me laisse dix minutes,tu vas devenir fou, tu seras en retard à ta réunion, tu vas te faire engueuler, j'en suis tout rouge d'aise. Allez, les dix minutes sont passées, appuie sur l'accélérateur, mais j'ai prévenu mon copain qui est à cinquante mètres, il va te faire la même. Moi, j'aime faire rougir d'impatience les éternels pressés, stressés, speedés, je ne peux pas les supporter.        
Tiens, une vielle 2CV toute délabrée, ah celle là, je ne vais pas l'arrêter, elle serait capable de ne pas repartir.

            En tous les cas, une vie de feu rouge donne un pouvoir énorme mais le feu vert se sent plus libre, m'a-t-il dit, plus convivial. Quant au feu orange, ce n'est qu'un indécis, jamais de prise de position.

André